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Les cavaliers de Lunéville

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Les cavaliers de Lunéville :

projection du film de Jean-Claude Bringuier (1970, 60 min.) et présentation par Jean Collet, professeur honoraire des universités, critique de cinéma à la revue Études et ami du réalisateur

Jeudi 13 mars 2014 à 19h à la bibliothèque Vaugirard

Dans le cadre du centenaire de la Grande Guerre


Ce film nous entraîne à la rencontre du passé de Lunéville, en Lorraine, une ville de garnison, une cité cavalière qui a vu passer trois guerres. Introduction et éclairage sur le film par Jean Collet, professeur honoraire des universités, critique de cinéma à la revue Études et ami du réalisateur.


Jean-Claude BRINGUIER

Une télévision à hauteur d’homme

                Il est difficile d’imaginer aujourd’hui  ce que furent les débuts de la télévision en France dans les années 1950, 1960 : un seul émetteur à Paris, une cinquantaine de « pionniers », et tout à inventer. Parmi eux, Jean-Claude Bringuier se distingua dès qu’il put échapper au « direct » et au studio, et parcourir la France puis le monde avec une caméra légère. Ni journaliste, ni débatteur, il avait trouvé ce que la télévision peut faire mieux que le cinéma : le petit écran aime les visages et les voix, donc avec une petite équipe, à la fin des années cinquante jusqu’aux années quatre-vingt, il réalisa des portraits construits à partir d’un dialogue filmé qu’il appelait tout simplement une « conversation ».

Si la télévision ne devint jamais « le 8ème art », Jean-Claude Bringuier a travaillé à faire de ses entretiens – plus d’une centaine de films – une œuvre d’art. A la fois par la qualité des personnes interrogées, et aussi par la forme qu’il donnait à chaque rencontre. Enfin, parce qu’il pensait que tout être humain a une histoire à travers laquelle se dessine et se révèle «  la grande Histoire ». Les cavaliers de Lunéville, réalisé en 1964 dans une série intitulée « Provinciales », est  peut-être le film qui incarne le plus fidèlement le motif et la singularité de cette grande œuvre dont Raymond Depardon pourrait être aujourd’hui au cinéma l’héritier spirituel.

Quand on découvre la diversité des titres que Jean-Claude Bringuier donnait aux séries de ses films : Croquis, Lettres de Sète, Signes du temps, Les savants sont parmi nous, Des paysans, Chroniques de France, on entrevoit à peine ce qui en fait l’unité et la profondeur. Bringuier a filmé avec le même regard un Prix Nobel, un paysan des Pyrénées ou les moines de l’abbaye de Sénanque, des lycéens  et lycéennes qui ont réussi à interpréter le Requiem de Mozart en Gascogne. Dans quelques décennies, on s’émerveillera de retrouver sur nos petits ou grands écrans des philosophes qui ont marqué le vingtième siècle : Bachelard parmi nous, le psychologue Jean Piaget, Claude Lévi-Strauss ; des hommes de science : Le solitaire de Ville-d’Avray  (Jean Rostand), le physicien von Weizsäcker expliquant pourquoi Hitler n’a pas eu la bombe atomique. Enfin, c’est grâce à Jean-Claude Bringuier que nous avons le seul document filmé de l’historien Fernand Braudel.

         « Il y a disait-il – dans l’air de la télévision, une sorte de tutoiement, quelque chose qui ressemblerait à une invitation amicale :viens avec moi, je vais te montrer et t’expliquer ce que j’ai vu. »

Jean Collet

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