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Le Principe Sécurité

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Bibliothèque Vaugirard – Mardi 16 février 2016 à 19h

Sur réservation au 01 48 28 77 42

Ou par messagerie à bibliotheque.vaugirard@paris.fr

Rencontre avec Frédéric Gros, professeur de philosophie à l’université Paris 12. Il a travaillé sur l’histoire de la psychiatrie (Création et folie, ed. P.U.F.), la philosophie de la peine (Et ce sera justice, éd. Odile Jacob) et la pensée occidentale de la guerre (Etats de violence, éd. Gallimard). Il a édité les derniers cours de Miche Foucault au Collège de France.

Principe sécurité

Collection NRF Essais, Gallimard

Parution : 04-10-2012

«Sécurité publique», «sécurité alimentaire», «sécurité énergétique», «sécurité des frontières» : la sécurité constitue aujourd’hui dans tous les États un Principe régulateur, c’est-à-dire, confusément et tout à la fois, un sentiment, un programme politique, des forces matérielles, une source de légitimité, un bien marchand, un service public.

Ce Principe est le fruit de quatre acceptions historiques : la sécurité comme état mental, disposition des grandes sagesses stoïciennes, épicuriennes et sceptiques à atteindre la fermeté d’âme face aux vicissitudes du monde ; la sécurité comme situation objective, ordre matériel caractérisé par une absence de dangers (c’est l’héritage du millénarisme chrétien) ; la sécurité comme garantie par l’État des droits fondamentaux de la conservation des biens et des personnes, voire comme bien public (surveillance, équilibre des forces, raison d’État et état d’exception) ; la sécurité comme contrôle des flux à notre époque contemporaine, avec ses concepts nouveaux : la «traçabilité», la «précaution», la «régulation».

Loin d’être des acceptions successives, ces dimensions sont des «foyers de sens», toujours à l’œuvre conjointe – la tranquillité du Sage ne dépend plus de techniques spirituelles mais d’un bon gouvernement et d’un État fort ; les ressorts millénaristes ont été recyclés par les révolutions totalitaires du XXe siècle ; la tension s’est installée entre la sécurité policière et la sécurité juridique, entre la sécurité militaire et la sécurité policière qui prétend, à son tour, combattre «l’ennemi intérieur» ; la biosécurité et ses logiques de sollicitations permanentes – être toujours et partout accessible, réactif – sont à l’opposé de l’idéal antique de la stabilité intérieure ; tandis que la sécurité du marché impose un démantèlement de l’État-providence, des politiques de santé publique et des logiques de solidarité : la sécurité-régulation se substitue à la sécurité-protection.

Pour finir, le Principe Sécurité se définit toujours par une retenue au bord du désastre.

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